Céramique et encaustique

Ma rencontre avec la céramique remonte à presque 50 ans… Notre voisine était céramiste et pratiquait son art à domicile, dans un atelier aménagé dans le soubassement de la maison. Il y faisait sombre et froid, et pourtant j’attendais la séance du samedi matin avec impatience…

Mes petites mains de l’époque avaient bien du mal à malaxer cette terre froide et lourde, mais je m’appliquais consciencieusement à chasser toute bulle d’air emprisonnée dans l’argile.

Je ne sais plus combien de petits poissons, cendriers (c’était permis à l’époque…), tasses, bols, chats et crocodiles j’ai pu modeler. Il me reste cependant une pièce, copiée sur une reproduction d’art antique : un bouquetin et ses immenses cornes ployant sur son dos. Les cornes n’ont pas résisté aux divers déménagements mais le bouquetin m’a suivi depuis lors, tout comme l’amour du modelage et l’envie de retrouver la sensation de la terre crue sous les doigts.

Bouquetin, pièce réalisée lorsque j’avais 10 ans…

Cet art m’a toujours impressionnée par la nécessité de passer les pièces créées au feu. Le four, cet outil mystérieux et inaccessible, atteignant des températures si élevées pour quasiment fondre la terre et la transformer en objet dur et sonnant… À l’atelier de poterie, je n’assistais pas à l’enfournement, ni à la cuisson, ni à la sortie du four. C’était sans doute trop dangereux, et les gestes précis de la céramiste demandaient de la concentration pour ne pas briser les œuvres de ses petits élèves. Pas question donc de s’encombrer de marmaille remuante à ce moment-là.

Venait ensuite la « mise en couleurs », bien frustrante pour une enfant, puisque les émaux utilisés ne ressemblaient pas à des couleurs avant leur deuxième cuisson.

Évolution de mon travail d’artiste

J’ai longtemps attendu pour me remettre au modelage, sans doute parce que la cuisson des pièces demandait ce fameux four dont je ne disposais pas. Quelques pièces ont pu être cuites par des céramistes de ma connaissance, mais je ne voulais pas abuser… et l’émaillage demande un réel savoir-faire, un monde qu’il me reste à explorer.

L’évolution du travail d’un artiste se fait souvent par des rencontres ou des retrouvailles. Visiter une exposition, être ému par une œuvre, se documenter, digérer les nouvelles informations et ressentir le désir d’en restituer quelque chose de personnel… C’est un cycle créatif vertueux, celui qui fait grandir notre travail de créateur. 

Le « déclencheur » a été l’œuvre de Roger Capron. Céramiste prolifique à Vallauris à dans la seconde moitié du XXème siècle, il a créé quantité de sculptures colorées et joyeuses. C’est cette légèreté là que je cherchais à produire depuis quelques années dans mes tableaux. Je n’ai pourtant jamais été attirée par la figuration en peinture. J’aime certains peintres figuratifs, ou proches de la figuration, mais je me suis principalement exprimée par l’abstraction. Dès qu’une figure apparaît dans une toile, je la gomme, cherchant à « habiter » mes toiles autrement. En modelant la terre, je parviens à créer des formes plus reconnaissables, des têtes, des animaux, et parfois un mélange des deux.

Roger Capron (1922-2006) Homme zoomorphe
Sculpture en céramique émaillée polychrome, signée.

Pourquoi utiliser de la peinture à l’encaustique sur de la terre cuite ?

La technique de l’encaustique que je pratique sur mes tableaux convient parfaitement à la terre cuite. L’argile présente les qualités requises : sa matière absorbante et rigide accueille parfaitement la cire fondue, supporte la chaleur du pistolet à air chaud ou au chalumeau sans risque de brûlure du support.

Si la peinture à l’encaustique ne remplace pas un émaillage, elle est cependant une belle alternative pour donner une finition colorée à des pièces décoratives. Le travail de la couleur par le céramiste demande une connaissance  des matériaux mis en oeuvre avec précision. Afin de réussir l’émaillage, il faut s’astreindre à de nombreux essais pour obtenir la teinte et les effets attendus.

J’aime l’idée de travailler avec des matières nobles : la terre, le feu, la cire d’abeille, la résine végétale qui donne de la brillance à la cire. Le procédé me semble logique, la terre ayant subi une cuisson à haute température, offrant sa surface poreuse à l’encaustique chauffée et liquide. L’air ambiant lui permet de refroidir, de se figer, de durcir pour donner à l’œuvre en terre cuite un aspect fini de qualité. J’y vois aussi quelques avantages, comme de ne pas avoir à procéder à la deuxième cuisson, ou de voir directement sur la palette les couleurs que l’on désire utiliser.

Galerie des céramiques, cliquez ici !

2 commentaires

  1. Je découvre une technique de plus pour mon travail de céramiste,
    Et votre travail par la même occasion, Bravo, Et merci à vous pour les explications que j’ai pu voir en vidéos

    1. Bonjour Christèle ! Merci beaucoup pour votre commentaire, n’hésitez pas à me faire part de vos expériences “céramique et encaustique”! Je suis persuadée que cela peut aussi inspirer d’autres artistes…

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